Les principaux aspects pratiques de la mission d’interprétation consécutive officielle

Aspects spécifiques des conditions de travail, tels que les cortèges, la sécurité, la gestion du stress et du trac, de la fatigue, etc.

Perron de l’Elysée, 1984 (de gauche à droite) le Président Mitterrand, G. Ouvrard, Zhao Ziyang, Premier ministre.
Photo credits: Traduire: Revue française de la traduction

Dans cet extrait d'un article, initialement publié dans Traduire [En ligne], 230 | 2014, Gilles Ouvrard propose des conseils pratiques et détaillés sur les différents aspects de l'interprétation consécutive officielle. Il contient des directives sur les voyages, la gestion du temps, la sécurité et le rôle des autres participants à la mission. L'article complet est disponible à l'adresse suivante :

Merci à l'auteur et à Traduire de nous avoir permis de le republier.


Dans le précédent numéro de Traduire[1], après une introduction générale, nous avons traité des circonstances précédant la mission d’interprétation officielle, en terminant par les aspects concernant le recrutement.

Dans cette seconde partie, nous parlerons de la réalisation de la mission, de sa préparation d’abord, puis de son déroulement. L’interprétation officielle présente la particularité de s’exercer en des lieux qui changent en permanence, ce qui implique des déplacements parfois lointains, et la nécessité de les effectuer en limitant le plus possible leur incidence sur la qualité de la prestation elle-même. Nous allons en évoquer les principaux aspects pratiques, concernant la logistique personnelle, puis certains aspects spécifiques des conditions de travail, tels que les cortèges, la sécurité, la gestion du stress et du trac, de la fatigue, etc. Nous évoquerons ensuite les relations entre l’interprète et les personnes présentes, puis dirons quelques mots du placement de l’interprète dans les différentes circonstances du cours de la mission, avant de conclure sur une situation particulière marquant la fin de celle-ci.

La préparation de l’interprète

Tout interprète doit être un « honnête homme » de son siècle, et se tenir informé de l’actualité internationale. Pour l’interprétation officielle, l’interprète doit de plus bien connaître les institutions des deux pays dont il pratique les langues, et en suivre les dossiers importants, d’actualité ou de fond ; sur le plan linguistique, il doit connaître et pratiquer le langage diplomatique dans toutes ses nuances, comme il doit maîtriser le registre particulier des discours protocolaires, avec leurs références culturelles et expressions fleuries[2].

Il s’agit là d’une préparation générale, permanente, pratiquée de manière habituelle par l’interprète, qu’il ait ou non une mission en vue. Elle lui permet de mettre à jour et développer ses connaissances chaque fois qu’il rencontre une information utile.

Il existe par ailleurs une préparation spécifique : la préparation de la mission pour laquelle l’interprète est recruté. Cette préparation-ci est ciblée, et couvre l’ensemble des sujets susceptibles d’être abordés pendant ladite mission. Elle vise à collecter les informations disponibles, dans les deux langues, concernant les sujets prévus.

Pour ces deux temps de préparation, le développement d’internet a grandement facilité la tâche de l’interprète. Ces recherches à partir de sources publiques sont aujourd’hui devenues très banales, nous ne nous y attarderons pas.

J’insisterai cependant sur un point : les listes de vocabulaire que l’on établit ne servent par elles-mêmes à rien, ce qui importe c’est que leur contenu soit présent et disponible sans effort au moment où l’interprète en aura besoin. Elles doivent être efficacement mémorisées, ce qui nécessite de les réviser, avec une grande concentration.

Dans ma propre pratique, j’avais pris l’habitude d’élaborer des listes « très larges », comprenant, outre d’éventuels termes spécialisés, le vocabulaire et les tournures ou expressions propres à la diplomatie et qui, n’étant pas d’un usage quotidien, ont besoin d’être réactivés. Ces listes provenaient de missions antérieures sur le même sujet, enrichies par la préparation du moment ; je les révisais régulièrement avant et pendant la mission. Il s’agissait de listes manuscrites, ce point est important pour moi. Le fait de les écrire soi-même à la main et non de les imprimer automatiquement à partir d’un fichier permet, si l’on est concentré, de retenir plus efficacement le vocabulaire. Ces listes manuscrites sont par ailleurs chargées de souvenirs qui reviennent en mémoire lorsqu’on les révise, et contribuent à faciliter la préparation.

Outre les sources publiques auxquelles il se réfère, l’interprète utilise également d’autres documents, qui servent à finaliser la préparation. Ces documents sont officiels, mais non publics. L’interprète n’en dispose généralement que très peu de temps avant la mission, et souvent seulement pendant celle-ci.


Lire la suite (sur le site de Traduire) :

Les documents officiels

La logistique personnelle
La forme physique
Les deux obligations fondamentales de l’interprète
La ponctualité
La marge de sécurité
Le piège des ascenseurs
La tenue
Les bagages

Aspects spécifiques des conditions de travail
Les cortèges
Les déplacements à pied
La sécurité
La gestion du stress et du trac
La gestion de la fatigue
La gestion des temps morts
L’économie
Le risque de la surexcitation
La fin de mission

Les relations avec…
Le service du Protocole
Le service des Voyages
Les proches collaborateurs de la personnalité
Les agents de sécurité
Les journalistes
La personnalité

Le placement physique de l’interprète Conclusion : l’interprète et la photo


[1] Le présent texte est la suite de l’article intitulé L’interprétation consécutive officielle publié dans Traduire n° 229.

[2] Même si souvent ce type de discours fait l’objet d’une traduction écrite préalable qu’il lit en séance.


Après ses diplômes à Paris à l'Inalco (1975) et l'ESIT (1978,1980), Gilles Ouvrard a été traducteur et interprète indépendant en chinois pour les grandes entreprises et fait office d'interprète officiel pour le chinois pour la Présidence de la République et le gouvernement français (1983-2007) ; il a également enseigné à l'ESIT (1982-2011) et à la Hankuk University of Foreign Studies à Séoul (2012-2017).



Recommended citation format:
Gilles OUVRARD. "Les principaux aspects pratiques de la mission d’interprétation consécutive officielle". aiic.co.uk May 29, 2019. Accessed October 21, 2019. <http://aiic.co.uk/p/8809>.